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Le Pape pour un développement durable ancrée dans l’éthique

Publié le 14/03/2019
"Le développement humain n’est pas seulement un problème économique, il ne concerne pas que les experts; c'est finalement une vocation, un appel qui nécessite une réponse libre et responsable"

«Écouter toutes les voix, en particulier celles généralement exclues, celles des pauvres, des migrants, des peuples autochtones et des jeunes»

Les 7 et 8 mars dernier, la conférence internationale sur le développement durable et les religions se tenait au Vatican. Le Pape François a reçu les participants, le vendredi 8 mars, leur livrant sa vision d’un développement intégral soutenu par des valeurs éthiques et religieuses. Il les a notamment invité à ne pas raisonner qu’en termes économiques, à écouter les voix religieuses. Enfin, le Pape François a attiré l’attention sur les peuples autochtones, rappelant qu’ils contribuent à la protection d’environ 80% de la biodiversité de la planète.
Voici son discours (traduit de l’anglais)
Durabilité et Inclusion

Lorsque nous parlons de durabilité, nous ne pouvons pas oublier l’importance d’inclure et d’écouter toutes les voix, en particulier celles qui sont généralement exclues de ce type de discussion, telles que les voix des pauvres, des migrants, des peuples autochtones et des jeunes. Je suis heureux de voir que divers participants à cette conférence ont exprimé un large éventail d’opinions, d’opinions et de propositions susceptibles de contribuer à de nouvelles voies de développement constructif. Il est important que la mise en œuvre des objectifs de développement durable respecte réellement leur nature d’origine, qui est inclusive et participative.

L’agenda 2030 et les objectifs de développement durable, approuvés par plus de 190 pays en septembre 2015, ont constitué un grand pas en avant pour le dialogue mondial, marquant ainsi une «solidarité nouvelle et universelle» (Laudato Si ’, 14). Différentes traditions religieuses, y compris la tradition catholique, ont adopté les objectifs du développement durable car elles sont le résultat de processus participatifs mondiaux qui, d’une part, reflètent les valeurs des personnes et, d’autre part, sont soutenues par une vision intégrale du développement.

 

Développement intégral

Néanmoins, proposer un dialogue sur le développement inclusif et durable nécessite également de reconnaître que le «développement» est un concept complexe, souvent manipulé. Quand on parle de développement, il faut toujours demander: Développement de quoi? Développement pour qui? Pendant trop longtemps, l’idée conventionnelle de développement a été presque entièrement limitée à la croissance économique. Les indicateurs de développement national ont été basés sur les indices du produit intérieur brut (PIB). Cela a conduit le système économique moderne sur une voie dangereuse où le progrès n’est évalué qu’en termes de croissance matérielle, raison pour laquelle nous sommes presque obligés d’exploiter de manière irrationnelle l’environnement et nos semblables.

Comme mon prédécesseur, Saint Paul VI, l’a souligné à juste titre, parler de développement humain signifie parler de tous les peuples – pas seulement de quelques-uns – et de l’ensemble de la personne – pas seulement de la dimension matérielle (cf. Populorum Progressio, 14). Toute discussion fructueuse sur le développement devrait donc offrir des modèles viables d’intégration sociale et de conversion écologique, car nous ne pouvons nous développer en tant qu’êtres humains en suscitant une augmentation des inégalités et une dégradation de l’environnement.

Le rejet des modèles négatifs et la proposition de solutions de rechange s’appliquent non seulement aux autres, mais également à nous. Nous devrions tous nous engager à promouvoir et à mettre en œuvre les objectifs de développement soutenus par nos valeurs religieuses et éthiques les plus profondes. Le développement humain n’est pas seulement un problème économique, il ne concerne pas que les experts; c’est finalement une vocation, un appel qui nécessite une réponse libre et responsable (cf. Benoît XVI, Caritas in Veritate, 16-17).

 

Objectifs (dialogue et engagements)

J’espère que les solutions émergeront de cette conférence: des réponses concrètes au cri de la terre et au cri des pauvres. Engagements concrets visant à promouvoir un développement réel de manière durable grâce à des processus ouverts à la participation de la population. Des propositions concrètes visant à faciliter le développement de ceux qui en ont besoin, utilisant ce que le pape Benoît XVI a reconnu comme «la possibilité sans précédent d’une redistribution à grande échelle de la richesse à l’échelle mondiale» (ibid. 42). Des politiques économiques concrètes axées sur la personne et susceptibles de promouvoir un marché et une société plus humains (cf. ibid. 45, 47). Des mesures économiques concrètes qui prennent sérieusement en compte notre foyer commun. Des engagements éthiques, civils et politiques concrets qui se développent aux côtés de notre terre sœur et jamais contre elle.

 

Tout est connecté

Je suis également heureux de savoir que les participants à cette conférence sont disposés à écouter les voix religieuses lorsqu’ils discutent de la mise en œuvre des objectifs de développement durable. Tous ceux qui participent au dialogue sur cette question complexe sont invités d’une certaine manière à aller au-delà de leur domaine de spécialisation pour trouver une réponse commune au cri de la terre et des pauvres. Ceux d’entre nous qui sont religieux ont besoin d’ouvrir les trésors de nos meilleures traditions afin d’engager un dialogue véritable et respectueux sur la manière de construire l’avenir de notre planète. Les récits religieux, bien qu’anciens, sont généralement pleins de symbolisme et contiennent «une conviction que nous partageons aujourd’hui, que tout est interconnecté et que le véritable souci de nos vies et de nos relations avec la nature est indissociable de la fraternité, de la justice et de la fidélité envers autrui» (Laudato Si ‘, 70).

À cet égard, l’Agenda 2030 des Nations Unies propose d’intégrer tous les objectifs dans les «Cinq P»: peuples, planète, prospérité, paix et partenariat. Je sais que cette conférence se concentre également sur ces “cinq P”.

Je me félicite de cette approche unifiée de ces objectifs, qui peut également nous aider à éviter une compréhension de la prospérité fondée sur le mythe de la croissance et de la consommation illimitées (Laudato Si ‘, 106), où nous ne dépendons que du progrès technologique. durabilité. Il y a encore des gens qui maintiennent obstinément ce mythe et qui nous disent que les problèmes sociaux et écologiques se résoudront simplement par l’application de nouvelles technologies, sans que des considérations éthiques ou un changement profond ne soient nécessaires (cf. ibid. 60).

Une approche intégrale nous enseigne que ce n’est pas vrai. S’il est certes nécessaire de viser un ensemble d’objectifs de développement, cela ne suffit pas pour un ordre mondial juste et durable. Les objectifs économiques et politiques doivent être soutenus par des objectifs éthiques, qui présupposent un changement d’attitude: ce que la Bible appellerait un changement de cœur. Saint Jean-Paul II a déjà évoqué la nécessité «d’encourager et de soutenir la« conversion écologique »» (Catechesis, 17 janvier 2001). Ce mot est puissant: conversion écologique. Les religions ont un rôle clé à jouer à cet égard. Pour un virage correct vers un avenir durable, nous devons reconnaître «nos erreurs, nos péchés, nos fautes et nos échecs», ce qui conduit à un «repentir sincère et un désir de changement»; de cette manière, nous serons réconciliés avec les autres, avec la création et avec le Créateur (Laudato Si ’, 218).

Si nous voulons fournir une base solide aux travaux du Programme 2030, nous devons rejeter la tentation de chercher une réponse simplement technocratique aux défis – ce n’est pas bon – et être prêts à s’attaquer aux causes profondes et aux conséquences à long terme.

 

Populations indigènes

Le principe clé de toutes les religions est l’amour du prochain et le soin de la création. Je souhaite attirer l’attention sur un groupe particulier de personnes religieuses, à savoir les peuples autochtones. Bien qu’ils ne représentent que 5% de la population mondiale, ils s’occupent d’environ 22% de la masse terrestre du monde. Vivant dans des régions telles que l’Amazone et l’Arctique, ils contribuent à la protection d’environ 80% de la biodiversité de la planète. Selon l’UNESCO, «les peuples autochtones sont les gardiens et les praticiens de cultures et de relations uniques avec l’environnement naturel. Ils incarnent une grande diversité linguistique et culturelle au cœur de notre humanité commune ». J’ajouterais également que, dans un monde fortement sécularisé, de tels peuples nous rappellent à tous le caractère sacré de notre terre. Cela signifie que leur voix et leurs préoccupations devraient être au centre de la mise en œuvre du Programme 2030 et au cœur de la recherche de nouvelles voies pour un avenir durable. Je discuterai également de cela avec mes frères évêques lors du Synode pour la région pan-amazonienne, à la fin du mois d’octobre de cette année.

 

Conclusions

Chers frères et soeurs, aujourd’hui, trois ans et demi après l’adoption des objectifs du développement durable, nous devons être encore plus conscients de l’importance d’accélérer et d’adapter nos actions pour répondre de manière adéquate aux aspirations de la terre et aux cris des peuples et des pauvres (Laudato Si ‘, 49) – ils sont connectés.

Les défis sont complexes et ont des causes multiples; la réponse doit donc nécessairement être complexe et bien structurée, dans le respect des richesses culturelles diverses des peuples. Si nous voulons vraiment développer une écologie capable de réparer les dommages que nous avons causés, aucune branche de la science ni aucune forme de sagesse ne doit être négligée, y compris les religions et les langues qui leur sont propres (cf. ibid. 63). Les religions peuvent nous aider sur le chemin du développement intégral authentique, qui est le nouveau nom de la paix (cf. Paul VI, Populorum Progressio, 26 mars 1967, 76-77).

J’exprime ma profonde gratitude pour les efforts que vous avez déployés pour préserver notre maison commune au service de la promotion d’un avenir durable et inclusif. Je sais que, parfois, cela peut sembler être une tâche beaucoup trop difficile. Et pourtant, «les êtres humains, bien que capables du pire, sont également capables de se dépasser, de choisir à nouveau ce qui est bon et de prendre un nouveau départ» (Laudato Si ’, p. 205). C’est le changement que les circonstances actuelles exigent, car l’injustice qui pleure dans le monde et chez les pauvres n’est pas invincible. Je vous remercie.

Pape François, 8 mars 2019.