Covid-19 chez les Karens : la peur masquée par la joie

Briac, volontaire pour l'association Terres Karens, travaille dans un atelier de couture et une coopérative de tissage dans le village de Maewé, au coeur des montagnes entre la Thaïlande et la Birmanie. Cette région n'est pas épargnée par la pandémie, et voit son quotidien bouleversée.

Une conscience du danger

Une chaleur étouffante vient d’ouvrir le mois d’avril, annonçant les derniers mois de la saison sèche, et l’arrivée des premières pluies sur les villages Karens. Les adultes organisent donc leurs journées en préparant les rizières aux plantations à venir, et en complétant leurs réserves de bois secs, qui sera inexistant une fois la première pluie tombée. Les enfants quant à eux jouissent d’une liberté nouvelle caractéristique des grandes vacances, qui se sont ouvertes il y a deux semaines. D’un regard extérieur, on pourrait penser que la vie du village de Maewé suit son cours, et que la fameuse pandémie de Covid-19 n’a pas atteint le quotidien de ce coin du monde. Et pourtant, tout le monde est bien au fait de l’actualité. En y regardant de plus près, un lieu bien précis dans le village, symbolise cette conscience du danger : l’atelier de couture.

Confection des masques avant la fermeture de l’atelier de couture.

Cela fait maintenant une semaine que les couturières ont décidé de fermer les portes de l’atelier, de la coopérative de fil et de celle de tissage. L’idée est de minimiser tout échange de produits, de fil et d’argent, afin d’éviter la propagation du virus redouté de tous. Les couturières sont de véritables leaders. Elles ne sont que six, en comptant Philipmo, la gérante de l’atelier. Mais à elles six, elles sont capables de secouer tout un village ! C’est pourquoi cette décision est un signe d’espoir pour Maewé, cela signifie que ces six femmes ont conscience du danger, et veulent faire le nécessaire pour éviter que le coronavirus ne se propage au sein du village. Quelle belle espérance que cet atelier de couture fermé !

Le dernier produit tissé par ces femmes est également évocateur de leur état d’esprit actuel. Après un essai infructueux, les couturières innovèrent et lancèrent un modèle unique en son genre dans la collection Terres Karens : le masque de protection.

La joie des retrouvailles

Mais alors, comment se fait-il que les Karens continuent d’aller au champ, et les enfants de jouer ensemble ? Pourquoi tout le monde ne reste pas confiné chez soi ? Un tel comportement a de quoi surprendre. Nous autres volontaires chez les Karens, sommes inquiets pour ce peuple qui nous a accueillis si chaleureusement, et que nous avons appris à connaitre et aimer.

Tout d’abord il faut savoir que le gouvernement n’a pas décrété de confinement. Seules Bangkok et les provinces sont fermées. En conséquence les Karens travaillant à Bangkok ont choisi de revenir dans leurs villages pour les semaines à venir. Si leur peur face au coronavirus est grande, car ils ont déjà souffert d’épidémies dévastatrices au sein des villages, elle a fait place à la joie de retrouver ces enfants, frères, sœurs et amis revenus de Bangkok.
Si la conscience du danger est toujours présente, elle est étouffée par la joie des retrouvailles. Dans un autre contexte, cette irrationalité aurait de quoi émouvoir, mais aujourd’hui elle nous inquiète quelque peu, nous autres volontaires auprès des Karens.

J’ai ainsi dû quitter le village de Maewe, pour rejoindre un village voisin où je suis confiné avec Antoine, autre volontaire MEP. La mission change, mais ne s’arrête pas ! C’est à notre tour de vivre la joie des retrouvailles, comme nous l’ont appris les Karens, mais avec un poil de prudence en plus ! Nous continuons de répondre à l’appel du Seigneur là où nous sommes, malgré un quotidien quelque peu chamboulé : travail de fond pour l’association Terres Karens, réflexion et préparation des projets à venir. La mission continue !

L’espérance …

Aujourd’hui, cela fait plus de 16 jours que les Karens de Bangkok ont regagné leurs villages, et aucun cas ne s’est révélé ! On pense donc que le virus n’aurait pas pénétré les villages, quel soulagement ! Certes il se peut que l’un des Karens de Bangkok soit porteur sain… nous n’avons donc pas la certitude que l’épidémie n’a pas touché les villages, mais tout de même, nous sommes soulagés, et l’espérance nous porte.
D’autant plus que grâce au Pado Alain, prêtre du secteur Karen où nous sommes en mission avec Antoine, les chefs de village commencent à prendre des mesures pour éviter toute contagion. Ainsi les villages tout entiers devraient bientôt entrer en confinement.

Je confie les Karens à vos prières, et je vous souhaite bien du courage pour traverser cette épreuve. Puisse ce temps d’isolement vous permettre de vivre la Joie des retrouvailles avec Celui qui ne nous laisse jamais seul.

#ViveLaJoieQuandMême

Briac, volontaire MEP

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© Maxence Favreul

 

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