Actualités

Changer de regard sur le handicap

Depuis dix-huit mois, les MEP envoient des volontaires dans un centre d’enfants et de jeunes handicapés près de Bangkok. Nous sommes heureux de vous présenter le témoignage de Mathilde et Pierre-Louis Moret de Rocheprise, un couple de professionnels de santé arrivé en début d’année à Angels’ Home, à Nonthaburi.

Nous sommes arrivés il y a deux mois en Thaïlande pour un an de mission à Angels’ Home, un centre accueillant des enfants et jeunes adultes handicapés, ainsi que les mères de certains d’entre eux. Lors de notre premier jour de mission, nous avons été frappés par la joie et l’amour qui règnent dans ce lieu atypique. En effet, les enfants accueillis à Angels’ Home sont lourdement handicapés physiquement et mentalement et, pourtant, ils semblent incroyablement heureux. Très rapidement, nous avons compris que ce centre est une exception en Thaïlande et que la plupart des Thaïs en situation de handicap n’ont pas une vie aussi paisible et heureuse que ceux du centre. Et encore, cela n’a pas toujours été le cas pour les enfants d’Angels’ Home…


Le handicap en Thaïlande

La Thaïlande est très imprégnée de la culture bouddhiste, religion pratiquée par plus de 90 % de la population. Or, l’un des principes fondamentaux du bouddhisme est que la vie est régie par le karma, c’est à dire une succession de cause à effet. Rien n’est laissé au hasard. Une bonne action sera récompensée par la vie, tandis qu’une mauvaise action sera punie, soit dans cette vie, soit dans une vie future. Ainsi, le handicap est perçu comme une conséquence de mauvaises actions passées soit dans cette vie, soit dans une vie antérieure. Les personnes handicapées sont donc rejetées de la société car les Thaïs pensent que c’est mérité, que c’est leur karma.

Oet et Pierre-Louis pendant un moment de jeu

Presque tous les enfants handicapés d’Angels’ Home ont subi ou continuent de subir cette discrimination. L’une d’entre eux, par exemple, qui a aujourd’hui 37 ans, a longtemps vécu dans sa famille qui la laissait dans le coin d’une pièce où personne ne s’occupait d’elle. Elle ne recevait aucun soin d’hygiène et était même privée de nourriture certains jours. Une autre, qui vit au centre actuellement, ne reçoit des visites de sa mère que très rarement, celle-ci semblant très détachée de sa fille, ce qui est une vraie souffrance pour elle. Plusieurs enfants du centre sont soit orphelins, soit abandonnés par leur famille. Cela est dû non seulement à la culture bouddhiste, mais aussi à la précarité qui touche ces familles.

Nous avons nous-mêmes un peu expérimenté cette discrimination lorsque nous nous sommes rendus, avec certains enfants, à l’hôpital pour un rendez-vous chez un dentiste. De même, lorsque nous avons été à la plage avec tous les enfants du centre, nous avons perçu beaucoup de regards interrogateurs et insistants. D’ailleurs, mis à part à Angels’ Home et à la paroisse, nous ne rencontrons jamais de personnes handicapées.


Angels’ Home, un lieu salvateur

Pour tous ces enfants à la vie cabossée, ainsi que pour leur mère, Angels’ Home s’est trouvé être un lieu salvateur, où ils reçoivent les soins, l’attention et l’amour dont ils ont besoin. Et la dimension catholique du centre y est pour beaucoup. En effet, beaucoup des mères et des enfants présents à Angels’ Home ont réellement été sauvés de leur vie difficile et misérable par Dieu à travers leur rencontre avec Sister Angela, la religieuse qui a fondé le centre. Quasiment toutes les mères se sont converties au catholicisme, à la suite de cette expérience. L’une d’elles était battue par son mari. Plusieurs fois, elle l’a obligé à partir, mais, à chaque fois, il revenait et la battait à nouveau. Une fois à Angels’ Home, son mari a voulu revenir de nouveau. Elle s’est alors adressée à Dieu, lui demandant, s’il existe, que son mari parte une bonne fois pour toutes. Quand son mari est arrivé, elle lui a dit de partir, chose qu’il a faite immédiatement et il n’est jamais revenu. À la suite de cela, elle a demandé le baptême pour elle et ses deux enfants. Une des mères du centre va aussi être baptisée à Pâques, cette année.

Muk et Mathilde pendant le déjeuner à Angels Home.Si le centre fonctionne si bien, c’est, entre autres, parce que les mères vivent vraiment de l’amour de Dieu et aiment les enfants de ce même amour. L’une des mères l’exprime en ces termes : « Nous pourrions nous occuper des enfants uniquement par devoir. Mais nous ne sommes pas comme ça. Nous y mettons tout notre coeur, nous le faisons avec passion. » La présence de Dieu au quotidien est particulièrement visible lors de la prière du matin, pendant laquelle nous partageons l’évangile du jour. Voici ce que certaines mères ont exprimé lors de cette prière : « Je remercie Dieu de m’avoir guéri, chose qu’aucun médecin n’aurait pu faire », « Les personnes extérieures pourraient se demander comment nous faisons pour vivre avec une telle situation, mais je tiens à affirmer que nous sommes incroyablement heureuses car nous portons en nous l’image de Jésus-Christ. Chaque sourire, chaque geste que fait notre enfant est véritablement l’image de Jésus-Christ. Il est véritablement Seigneur en ces enfants ».


Notre quotidien

Angels’ Home est composé de six mères, neuf « enfants » âgés de 6 à 37 ans, deux employés et deux religieuses qui tiennent le centre. Les MEP envoient des volontaires dans cette mission depuis dix-huit mois. Et c’est la première fois qu’ils y envoient un couple. Notre quotidien consiste principalement à partager les journées des mères et des enfants à travers les jeux individuels et en groupe, les promenades, les exercices physiques, etc. Au sein de cette mission commune, nous avons chacun des responsabilités propres.

Mathilde, infirmière puéricultrice, s’occupe de la préparation des traitements pour chaque enfant et, de manière ponctuelle, de l’administration de médicaments spécifiques, de la réfection de pansement ou de l’accompagnement à des rendez-vous médicaux. Mathilde donne aussi quotidiennement des cours d’anglais à une jeune fille du centre, Alissa, 20 ans, porteuse d’un handicap moteur. Ce temps toutes les deux leur permet d’approfondir leur relation, de l’aider à ouvrir ses centres d’intérêt et à avoir une activité plus stimulante dans son quotidien. Mathilde apprécie réellement ces temps partagés avec Alissa. Souvent, le cours d’anglais se transforme en simple discussion dans un joyeux mélange de thaï, d’anglais et de français, où elles discutent des différences entre leurs cultures, leurs familles, leur quotidien, etc. À long terme, ces cours d’anglais visent également à la guider vers plus d’autonomie, elle qui vit avec sa famille dans un bidonville et qui a peu d’interactions sociales, mis à part la communauté d’Angels’ Home.

 

 

Pierre-Louis s’occupe, pour sa part, d’effectuer les exercices physiques avec les enfants plus lourds qui nécessitent de la force. Et il aide aux tâches manuelles et d’entretien du centre avec Khun, l’un des employés. Une fois par semaine, il se rend dans un bidonville pour aider un homme de 60 ans, hémiplégique à la suite d’un AVC, à marcher, seul moment de la semaine où cet homme sort de son lit. Psychologue, Pierre-Louis est aussi en train de monter un groupe de parole avec les mères du centre. L’idée de ce groupe est d’offrir un espace de partage et de détente pour les mères, elles qui sont sollicitées en permanence par leur enfant handicapé. L’objectif est de leur permettre d’exprimer ce qu’elles ont sur le coeur actuellement et de développer leurs ressources intérieures.


Le couple dans la mission

Partir en couple est une vraie force pour cette mission, car nous sommes un soutien mutuel l’un pour l’autre. Cela passe par la possibilité de partager nos joies et nos difficultés au quotidien, avec quelqu’un qui comprend la réalité de ce que nous vivons. La présence de l’autre est un pilier pour rester motivé et se donner pleinement chaque jour. L’autre est notre seul soutien, ce qui nous oblige d’autant plus à prendre soin l’un de l’autre et à nous pardonner quand il y a un conflit. Notre regard sur l’autre évolue en le ou la voyant dans un nouvel environnement, loin de notre quotidien en France. Le fait d’être plongés ensemble dans une nouvelle culture et auprès d’enfants porteurs de handicaps, population que nous ne connaissions pas ou peu auparavant, nous permet d’en découvrir davantage sur l’autre et de nous en émerveiller. Enfin, l’amour simple et pur que nous vivons à Angels’ Home vient simplifier et purifier notre amour conjugal.

Mais vivre la mission en couple présente aussi des défis. En effet, malgré la charge mentale et l’énergie physique et émotionnelle que nous demande la mission, il faut savoir rester attentif à l’autre. Pour nous, cela passe par des temps de qualité partagés tous les deux. Savoir parfois mettre la mission de côté pour continuer à vivre notre vie de couple nous permet de nous donner pleinement avec les mères et les enfants.

Un autre défi est de savoir trouver notre place dans la mission, aussi bien en couple qu’individuellement. Nous veillons à nous intégrer individuellement auprès des mères et des enfants et à ne pas être tout le temps ensemble, afin que notre statut de couple ne soit pas un frein à la rencontre avec l’autre et que nous ne soyons pas perçus comme « le couple » autosuffisant. Avoir des responsabilités et des rôles différents à Angels’ Home, ainsi que dans nos visites dans les bidonvilles plusieurs fois par semaine, nous permet d’enrichir notre vie de couple et nos discussions.

Cette mission nous transforme et transforme notre couple. En vivant auprès des plus fragiles, nous découvrons, chaque jour, une joie simple et un amour plus grand que nous. Avec Dieu, nous comprenons aussi que le handicap et la différence n’enlèvent rien à la valeur d’une vie, mais en révèlent toute la beauté et la capacité d’aimer. Vive le handicap et vive la différence !

extrait de la Revue MEP n° 624, avril 2026

 

 

 

 

 

 

 

 

Découvrir les Missions Etrangères de Paris

Découvrir les missions du volontariat MEP en image

 

Le Volontariat MEP, proposé par les Missions Etrangères de Paris, est un programme de volontariat international catholique destiné aux jeunes adultes souhaitant vivre une expérience de service et de rencontre en Asie ou dans l’océan Indien. En s’engageant quelques mois, ces jeunes volontaires poursuivent plus de 365 ans d’histoire missionnaire. Les volontaires sont envoyés auprès de communautés locales afin de soutenir des projets éducatifs, sociaux ou solidaires. Formés avant le départ, accompagnés sur place et soutenus à leur retour, ils vivent une expérience humaine et spirituelle fondée sur la simplicité, le partage interculturel et le don de soi.

À lire aussi

Deviens Volontaire MEP

Recevoir la Newsletter