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Trouver ma place

Publié le 18/11/2021
Guihaume a été envoyé au Népal, à Thokarpa, pour une mission d'animation sociale et enseignement à la New Aseptic School. À travers ces quelques épisodes, ils nous racontent son quotidien depuis son arrivée.

Épisode I – Arrivée au Népal et quarantaine

Samedi 18 septembre, 11h. Je sors de l’avion, il fait chaud. À ma gauche une libellule m’observe. Cette année la saison des pluies s’attarde et l’atmosphère est humide, presque tropicale. Depuis le tarmac du petit aéroport que je suis tenté d’appeler aérodrome j’aperçois les artères bondées de Katmandou.

Avec Robin et Alban, deux autres volontaires avec qui je passe la quarantaine, nous montons dans un taxi pour notre guesthouse après nous être acquittés de l’inévitable et non officielle « pigment tax ». C’est notre baptême de la route, et nous comprenons assez rapidement pourquoi certains locaux, majoritairement des hindous, font leurs prières avant de monter dans les bus et les tuk-tuk.

Cette semaine au détour d’une promenade en ville, nous sommes interpellés par Rakesh, un père de famille d’origine indienne vivant dans la pauvreté qui nous invite à prendre le thé au lait (Le dud ciah, si cher aux habitants du Népal) et nous offre le fameux dal baht, du riz avec un bouillon de lentille légèrement épicé. C’est l’occasion de rencontrer ses enfants, pleins de vie et très joyeux, surtout le petit Rohish (7 ou 8 ans) dont le rire communicatif et le sourire heureux m’ont profondément marqué.

Nous visitons Patan Durbar Square, place centrale de l’ancienne ville de Lalitpur où nous admirons de magnifiques temples dans le style architectural Newar, principalement construits sous la dynastie Malla. Nous nous rendons également au temple de Swayambhunath, un lieu de pèlerinage bouddhiste situé sur une colline à l’ouest de Katmandou, où nous pouvons observer des singes en liberté parmi les hommes.

Après le départ de mes compagnons pour le village de Tipling, leur lieu de mission, qu’ils atteindront après trois jours de bus et de marche, je suis accueilli trois jours chez la NJS (Nepalese Jesuit Society), une maison où vivent des prêtres jésuites qui s’occupent d’un orphelinat pour garçon, un orphelinat pour filles et un centre pour personnes handicapées mentales et physiques que j’ai eu l’occasion de visiter. La veille du départ, le père Yann Vagneux, prêtre MEP, normalement basé en Inde et spécialiste du dialogue interreligieux avec l’Hindouisme, me donne rendez-vous dans le vieux quartier de Patan. En me conduisant au Golden Temple, c’est une véritable immersion dans le bouddhisme Newar qu’il me propose.
Au moment de nous séparer il me bénit, je suis prêt à me mettre en route pour Thokarpa, mon lieu de mission.


Épisode II – Mes débuts sur le lieu de mission, trouver ma place

Après un trajet en jeep plein de rebondissements (au sens propre) avec le father Silas, un prêtre Népalais, j’arrive à la New Aseptic School de Thokarpa où je rencontre le directeur de l’école, le father Lancy. Je suis tout de suite saisi par la beauté du cadre naturel dans lequel je vais vivre les trois prochains mois et je comprends ma chance. Des nuages épais et volumineux aux aspects parfois menaçants peuplent le ciel de leurs formes artistiques. La cours de récréation, plein ouest, est la promesse de couchers de soleils magnifiques sur les collines striées par les terrasses agricoles. Les routes et petits sentiers près de l’école sont autant d’invitations à apprivoiser les reliefs environnants, à sillonner la forêt où bruissent les locustes, à côtoyer les sources et les ruisseaux et enfin, arrivé sur les hauteurs, contempler au nord la grandiose chaîne de l’Himalaya par temps clair, qui semble flotter miraculeusement au-dessus des lointains bleutés.

Si la nature est belle, l’humanité l’est aussi, et je suis accueilli à bras ouvert par la famille de Binod Uprety, voisine de l’école, qui m’invite tous les jours avec le directeur pour les repas, toujours du dal baht, servi avec des légumes locaux et parfois de la volaille. On ne manque de rien au village même si la rusticité est de mise. Dans cette famille, comme souvent au Népal, jeunes et vieux vivent ensemble. Leur sens de la communauté familiale est très fort. Ici vivent aussi les parents de Binod, son petit frère Habinash et sa femme Bimala, et les enfants des deux frères. Parler népali n’est pas exactement comme une seconde nature chez moi mais je me sens pourtant proche de ces habitants des collines dont la gentillesse simple sait si bien abolir la barrière de la langue.

Je commence à suffisamment connaître le father Lancy pour vous esquisser son portrait. D’origine Indienne, il naît dans une famille catholique nombreuse et très pratiquante. Il prend la décision de devenir prêtre après le lycée. Depuis une quinzaine d’années il vit au Népal où il avait précédemment la charge d’une autre école catholique. Arrivé à Thokarpa il y a moins d’un an, il y connaîtra son premier hiver en même temps que moi. Quand je l’observe je me dis qu’il est parfaitement dévoué à sa tâche, à laquelle il se consacre discrètement et humblement, et avec constance bonne humeur. Cette constance d’humeur et de caractère montre qu’il puise son bonheur ailleurs que dans les circonstances, aussi heureuses soient-elles. Ce bonheur, il le porte en lui au plus profond de lui-même dans un jardin secret qu’il cultive avec soin (comme il cultive avec soin celui de l’école), sans égoïsme. Comment cultiver son propre jardin secret ? C’est une question à laquelle je pense qu’on ne peut donner de réponse universelle : à chacun de faire cette expérience vivifiante qui consiste à descendre au fond de son intimité pour y trouver l’axe central de son identité, par lequel il est et demeure lui-même.
Mais comment parler du village sans parler de ses enfants ? Pleins de vie ils habitent ces lieux de leurs cris joyeux, de leurs jeux et leurs courses effrénées et parfois aussi de leurs pleurs. Dans leur regard il m’arrive de discerner de l’émerveillement. Il y a vraiment quelque chose de profond dans la capacité d’émerveillement des enfants. Sans être enfantins, nous avons beaucoup à apprendre (ou réapprendre) des enfants. Pour l’enfant épanoui, tout est un événement, il ouvre grand les yeux sur le monde, il est ouvert à la vie.
C’est un euphémisme de dire qu’ils m’apprécient beaucoup, et je les trouve aussi très attachants. La proximité que j’ai construit en jouant avec eux après l’école dès les premiers jours, mêlée à leur enthousiasme naturel, en fait des élèves parfois très difficile à canaliser en cours ! Malgré cela je prends un plaisir immense à leur inculquer quelques rudiments mathématiques.