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Malaisie

Laisser Dieu façonner mon cœur

Publié le 24/09/2020

“Avance au large et jetez vos filets pour la pêche » (Luc 5, 1-11).

À défaut de bateau et de filet de pêche, c’est à l’aéroport Charles-de-Gaulle, lors du décollage, que se concrétise ce grand saut dans la mission. Je n’avance pas exactement au large, mais c’est une véritable prise de hauteur, je me laisse guider par notre pilote divin, ça secoue un peu (beaucoup même) au démarrage, le grand vertige de l’inconnu, c’est le début de l’abandon au cœur de la mission. Le Seigneur est le pilote de notre mission terrestre, que pourrions-nous craindre ? « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10). Envoyée en mission en Malaisie, à Rumah Ozanam dans un foyer de femmes et d’enfants séropositifs, je n’ai pas de soucis à reconnaître mes faiblesses et mes peurs à peine quelques heures après mon arrivée : peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas comprendre ou être comprise, peur de ne pas réussir à aimer, de ne pas tenir six mois… je vous épargne la liste à rallonge mais je vous rassure, si j’ai plaisir à relire avec vous ce temps de mission, c’est que malgré cela la joie a été immense. On ne peut pas ouvrir une Revue MEP sans entendre parler de la « Joie de la mission » alors nous y voilà : cette joie, j’ai découvert qu’elle était si intense car elle prend racine dans notre vulnérabilité, elle se nourrit de nos faiblesses, de nos peurs et les transforme. Confrontée à notre propre petitesse et nos limites à l’autre bout du monde, sans les repères que l’on a ou que l’on a l’illusion d’avoir dans notre quotidien, on est alors à nu, mais plus vrai, plus entier dans la relation à l’autre et au Seigneur, et l’intensité en est décuplée : nous acceptons de nous laisser porter par Dieu.

L’atelier de couture.

Une des plus grandes difficultés a été de faire face à la souffrance et à la pauvreté, mais plus encore la tristesse parfois des femmes que j’accompagnais. En y réfléchissant, le plus compliqué était peut-être mon s e n t i m e n t d’impuissance que me renvoyaient cette détresse et ces parcours de vie si bousculés. Paul Claudel m’aura été d’un grand secours avec ces quelques mots : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, il est venu la remplir de sa présence. » Petit à petit, la mission prenait tout son sens avec cette phrase, ça paraît même si simple : être en mission c’est être messager de Dieu ici maintenant, messager en épluchant les légumes, messager d’amour, d’écoute, de joie, remplir de sa présence la souffrance physique ou encore psychologique puisqu’elle nous dépasse, se faire ses petites mains pour que de là-haut Il puisse toucher et guérir les cœurs. Le Dalaï Lama disait justement : « Une chose est certaine, dans tous les cas être présent avec amour et bienveillance ne peut que faire du bien à la personne que l’on désespère de pouvoir aider. »

Une mission qui transforme

Si la mission est éternelle, un certain virus l’aura écourtée en Malaisie pour ma part : deux mois au lieu de six… Un réel choc et un vrai déchirement, je ne vais pas le nier, et il est difficile de le décrire. Mais encore une fois, quel témoignage de vie cela m’aura offert ! On ne maîtrise ni le temps ni l’espace où l’on est, ni les personnes que l’on a la chance de rencontrer, mais ce temps qui nous est donné est un cadeau si précieux s’il est vécu pleinement. Finalement le plus dur mais le plus beau en mission n’est pas de « faire », mais de se « laisser faire » en toute humilité par la mission et par le Seigneur, reconnaître, découvrir et accepter ses limites, pour laisser plus de place à Dieu, le laisser agir et façonner nos cœurs sans résistance, et il fait des merveilles. « Ne juge pas chaque jour à la récolte que tu fais mais aux graines que tu sèmes » Robert Louis Stevenson. Je n’ai pas fini de m’émerveiller sur les fruits de la récolte de cette mission qui me dépasse. Je ne peux mesurer ou imaginer les graines semées, je laisse cela entre les mains de Dieu, mais en seulement deux mois, chaque personne rencontrée aura semé tellement de graines en mon cœur qui continuent de germer et de fleurir chaque jour.

La mission est finie en Malaisie mais elle continue de transformer plusieurs mois après, là où l’on est puisqu’elle se vit dans le cœur, elle est intérieure donc « tout terrain ». Malgré les kilomètres qui nous séparent, la douceur de Jaya, la fidélité et la bonne humeur de Rayan, le parcours de vie de chaque femme rencontrée, l’investissement de Rosely continuent de me façonner le cœur, de me rappeler ici et maintenant le trésor que représente chaque être humain, la puissance et l’intensité d’un sourire, d’un regard, d’un échange quel qu’il soit. « Dans l’épreuve comme dans la joie, il s’agit de sans cesse se demander à quoi m’appelle ici et maintenant l’existence » Alexandre Jollien.

Classe d’anglais à Rumah Ozanam.

La mission en Malaisie, parce qu’elle dépayse, qu’elle nous pousse dans nos retranchements, nous coupe de nos repères, m’aura fait, en l’espace de deux mois, toucher du doigt l’intensité de la vie : l’intensité de la joie, de l’amour, mais aussi de la pauvreté, de la tristesse, de la confiance et l’abandon au Seigneur, l’intensité de l’humanité. Et rien que le toucher du doigt, aussi petit soit-il, bouleverse et transforme. Nous sommes tous en mission là où nous sommes avec le Seigneur. Il est difficile de retranscrire avec quelques mots maladroits la beauté de la mission, mais la seule chose que je souhaite vous partager c’est de sauter ! Encore une fois : « Avance au large et jetez vos filets pour la pêche ! » Jetons les filets en France dans le quotidien, en Asie ou ailleurs, nous sommes tous bien incapables mais le Seigneur fait des merveilles de notre petitesse, j’ai tellement eu peur, tellement douté, que j’ai hésité à partir parce que je comptais sur mes propres forces, et je ne serais pas allée bien loin en effet, c’est pour cela que je vous écris ces quelques lignes : sautons dans les bras de la confiance et de l’abandon en Dieu ! Comme le dit si bien Etty Hillesum : « Notre unique obligation morale c’est de défricher en nous de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura dans ce monde en ébullition. » Bonne mission à chacun, ici et maintenant, là où vous êtes, vous faites et ferez des merveilles !

Blandine, volontaire MEP

extrait de la Revue MEP n°562, septembre 2020

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