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Chez les Petites Soeurs des Pauvres à Calcutta

Publié le 19/02/2020

Mi-avril 2018, je reçois l’appel tant attendu de Maël, coordinatrice de mission MEP. À la fois excitée et stressée, je l’entends encore me dire : « Victoire, on a pensé à une mission pour toi chez les Petites sœurs des pauvres (PSP) qui s’occupent de personnes âgées à Calcutta… » Après une courte réflexion, des échanges avec ma famille et d’anciens volontaires, j’accepte : j’avais décidé de sortir de ma zone de confort ! Je m’envole donc mi-mai en Inde avec sérénité.

Un quotidien sans routine

Le rythme quotidien de la maison était très structuré. Mes journées commençaient à 6 h 30 du matin avec la messe et se terminaient vers 19 h 30 après la prière du soir avec les Petites sœurs. J’aidais au déroulement des repas et aux services du matin. Je participais également au chapelet l’après-midi. Les journées se déroulaient toujours selon le programme habituel mais chacune était bien différente et réservait son lot de rencontres et de sollicitations diverses. En exprimant mon admiration à Sister Myriamela, la sœur qui s’occupait de mon étage, je l’interrogeais sur le risque de tomber dans une certaine routine. Ce à quoi elle m’a répondu : « Nous faisons en sorte que chaque jour soit différent et meilleur que le jour précédent. » Une phrase très réaliste qui résumait parfaitement le quotidien de la maison ! Les Petites sœurs ont noté mon goût pour le dessin et me demandaient régulièrement de décorer la maison lors de célébrations ou l’accueil d’une nouvelle sœur. Heureusement, Rita (une résidente, ancienne professeur de dessin) me donnait de précieux conseils. Nous sommes devenues amies grâce à ce centre d’intérêt commun. Les dix Petites sœurs des pauvres en charge de la maison m’ont impressionnée. Elles font preuve d’une énergie et d’une joie de vivre à toute épreuve, même quand les conditions s’avéraient difficiles. Les employés fournissaient aussi un travail considérable, quasiment sans pause de 7 à 18 heures, sous une chaleur écrasante mais avec un dynamisme et une gentillesse impressionnantes.

Apprendre de la vie des autres

Même si les tâches que j’ai effectuées sont ordinaires, le contact et les relations que j’ai noués avec les personnes âgées furent magiques. Les résidents parlaient essentiellement anglais et certains seulement bengali. Je communiquais donc avec ces derniers grâce au vocabulaire que j’apprenais au fur et à mesure. Nos nombreux échanges furent très poignants et variés : je recevais des conseils, nous partagions des histoires personnelles, nous échangions en permanence des sourires et des petites attentions. Même si parfois nous étions confrontés à la barrière de la langue, le langage de l’amour fonctionnait plus que tout. Ces personnes âgées m’ont appris à développer l’écoute, la bienveillance, le respect et la patience. Les résidents ont été d’incroyables professeurs qui ne m’ont pas enseigné une matière spécifique mais la vie !

Une culture différente

Cette mission fut également pour moi l’occasion d’être confrontée à des approches culturelles à l’opposé des nôtres, et ce dès la sorte de l’aéroport : une foule innombrable et bigarrée, des bus sans vitres et avec une séparation entre hommes et femmes, transport de marchandises sur un vélo et siestes sur les trottoirs… Le rapport des Indiens à la mort est aussi très différent, chez eux tout est montré. Sœur Cécile, âgée de 94 ans, est décédée mi-juin. Son corps est resté exposé deux jours dans l’auditorium où nous récitons le chapelet. Lors de l’enterrement, le cercueil restait ouvert. Au moment d’acheminer le corps dans le véhicule se dirigeant vers le cimetière, les employés et résidents se prenaient en photo à côté. Je ne vous cache pas mon malaise. Toutes ces coutumes étaient considérées comme très respectueuses. J’ai également mesuré la chance d’avoir un système médical français très performant. Par exemple, le médecin ne venait à la maison de retraite pour les 120 résidents qu’une fois par mois.

« Ces gens étaient la vie »

J’ai quitté avec beaucoup d’émotion la maison des PSP et les résidents. Je pense à eux souvent et je sais qu’ils sont là pour m’épauler par la pensée et la prière dans les moments difficiles. Pour mon départ, je leur ai réservé une surprise : j’ai donné à ceux dont j’étais proche une photo où nous étions ensemble, en souvenir de notre rencontre dans leur maison. Je suis très heureuse d’avoir accepté cette mission qui a été à la fois enrichissante et bouleversante. J’avais peur d’être un peu perdue mais j’ai été très bien accompagnée et entourée, à la fois par les personnes âgées et les Petites sœurs. J’ai reçu bien plus que ce que j’ai le sentiment d’avoir donné. Cette mission m’a permis de mieux prendre conscience de mes limites et du temps nécessaire pour se reposer quand cela s’avérait nécessaire. En lisant sur place La Cité de la Joie, j’ai retenu cette phrase qui illustrait parfaitement ma mission : « Ces gens étaient la vie. La Vie en majuscule. La Vie qui palpite, qui tourbillonne, qui vibre comme elle vibrait partout ailleurs à Calcutta… »

Victoire, volontaire MEP